Loretta Banana

danse

Ce que le Burlesque m’a appris sur moi

(Mon premier solo lors des Plumettes en juin 2017 !) – Photo : geq_photography

[Edit du 11/06 : j’ai ajouté/modifié quelques petites choses sur ce post grâce aux lumières de ma copine de plumes, Loulou Champagne, qui est une vraie encyclopédie du Burlesque !]

ça n’aura échappé à personne si vous pointez votre museau sur ce blog ou : je m’adonne à une passion ô combien connotée glamour : le “Burlesque” ! Si cet univers est très connu dans le nord de l’Europe et aux Etats-Unis, il est assez peu répandu en France, ce qui est un comble quand on sait que Paris est le berceau du music-hall et du cabaret ! Aujourd’hui, ce monde serait presque même connoté kitsch et uniquement destiné aux touristes venus s’encanailler au Moulin-Rouge (j’avais d’ailleurs écrit sur ce lieu iconique de la culture Française juste ici) alors qu’il est riche de diversité, de féminité (et même de “boylesque” = d’hommes pratiquant le burlesque) et de tolérance.

En somme, à part évoquer Dita Von Teese, très peu de gens me semblent réellement informés sur le Burlesque dans sa forme dite actuelle (en tout cas c’est ce que j’ai constaté de par mon humble expérience). Beaucoup de ces personnes s’imaginaient d’ailleurs des femmes faisant tournoyer leurs pasties en faisant des moues suggestives, ce qui est à mon sens, juste une facette de ce qu’est le Burlesque à proprement parler. (Et la direction vous remercie de ne pas citer le film de Christina Aguilera et Cher. En vous remerciant.)

Loin de moi l’idée de vous faire un historique détaillé sur ce monde de paillettes et de glamour car un article ne suffirait pas je peux vous l’assurer, mais ce que je peux vous dire, c’est qu’il y autant de genre de Burlesque qu’il y a de filles (et de garçons) ! J’en veux pour preuve le cours de la délicieuse Vivi Valentine, chez qui je fais mes armes (à plumes), qui est composé de femmes aux univers extrêmement éclectiques et complémentaires. Et sur scène, c’est à peu près pareil.

Alors bien sûr, initialement c’est une danse du corps qui s’articule autour de l’effeuillage et de l’art de se dévêtir avec une certaine élégance et un glamour piquant, la nudité n’étant en aucun cas la finalité. Non, ce qui compte vraiment, c’est la manière d’y parvenir, en s’appropriant une histoire, une chorégraphie, un costume et un personnage que l’on décide de faire vivre sur scène.

Il suffit de se renseigner sur certaines des pionnières du style, comme Mata Hari, ou la Française Blanche Cavelli, considérée comme la 1ère vraie “effeuilleuse” Burlesque qui s’est notamment produite au Divan du Monde à Paris le 3 mars 1894 pour la première fois (comme quoi nous sommes vraiment en France dans le berceau de cet univers). Dans un style encore différent et plus proche de mes inspirations, contemplez la gracieuse Sally Rand (ci-dessous) et ses délicats mouvements de cygne lorsqu’elle danse nue, cachée derrière ses éventails, manifeste de l’élégance que peut revêtir cet art de la scène.

Alors j’en vois arriver avec leurs gros sabots, dont le poil se hérisse en lisant tout cela et qui auraient vite fait de raccourcir ça à du “strip-tease” (même s’il s’agit en quelque sorte de la “mamie du strip-tease”) : venez donc traîner vos souliers du dimanche dans un show et faites-vous votre propre opinion !  Croyez-le ou non, mais le public principal de ce genre de spectacle est majoritairement composé de femmes, et ceci pour la même raison qui m’a faite tomber amoureuse de cet univers : la grâce, les costumes, la poésie qui se dégage de certains numéros et surtout l’affirmation du corps féminin.

Les femmes y montrent leur corps tel qu’il est, sans diktat – ou en tout cas montrent ce qu’elles décident vouloir montrer où et quand elles le souhaitent -, se l’approprient et le revendiquent, comme un étendard dans cette société schizophrène qui trouve plus dérangeant de dévoiler un bout de poitrine sur Instagram qu’un chasseur posant devant des animaux ensanglantés, mais passons, je m’égare. En somme, si je devais résumer le propos, le burlesque serait, aujourd’hui, une certaine forme de féminisme où se mêlent joie de vivre et paillettes.

Remis au goût du jour dans les années 50 avant de retomber en désuétude, on doit son retour de grâce notamment au Velvet Hammer dans les 90’s, puis à Dita Von Teese (formée elle-même par Catherine D’lish qui fait partie du revival) qui finit de le populariser et à qui je voue d’ailleurs un culte toujours plus grandissant, tant son monde sait allier un glamour assumé, une sensualité qui joue parfois même avec des codes plus “extrêmes” comme le Fetish, sans jamais tomber dans la vulgarité.

Certain.e.s artistes Burlesque pourtant aiment jouer avec des codes plus trash, plus identitaires, souvent d’ailleurs pour critiquer un pan de la société et ne recherchent pas forcément cet esthétisme raffiné qui pour moi, est en revanche l’essence même de ma fascination pour cet univers. Mais ça, encore une fois, c’est totalement subjectif et j’apprécie toujours de voir des artistes sur scène, même si leurs inspirations sont très éloignées des miennes, car ce qui compte au final, c’est bien l’histoire que l’on raconte, et l’énergie que l’on dégage.

Mais comment en suis-je arrivée là ? (Car finalement c’était un peu le sujet de mon post, et je suis tombée dans des digressions, car ce sujet est si passionnant que je pourrais disserter des heures.)

Tout d’abord, je suis loin d’être une danseuse professionnelle et je n’oserai jamais me qualifier d’artiste burlesque, car je suis encore, je l’estime, en apprentissage. Pourtant, ce désir veille au plus profond de moi depuis toujours. Et j’ai presque mal au coeur de me dire qu’il m’aura fallu autant de temps pour le faire éclore…

J’ai toujours adoré la danse, je pratiquais du modern jazz et du classique depuis mes 8 ans, je rêvais d’être professeure de danse, mais j’ai un peu mis ça de côté, pensant que de toute façon, ça n’était pas pour moi (les barrières qu’on s’auto-dresse…). Pourtant, à chaque fois que je montais sur scène dès mon plus jeune âge, je ressentais ce picotement indescriptible, quelque chose que rien d’autre ne pouvait me faire ressentir. Quelque chose qui fige l’espace temps et vous ancre dans le moment présent.

Puis plus tard, j’ai découvert le Burlesque. Ce monde me semblait si proche et pourtant si lointain. C’est un peu comme si j’en avais fait partie depuis toujours, comme si j’y étais connectée, alors même que je n’avais jamais osé le pratiquer. Je le regardais justement “de loin”. Je n’osais même pas songer que je puisse en faire partie un jour, alors même que le cabaret m’avait toujours fascinée.

Et puis il y a eu ma première vraie soirée Burlesque il y a bien 8 ans de cela. Je me rappelle avoir affronté un rhume horrible pour me rendre à l’une des soirées de Chloe Van Paris à la Nouvelle Eve, qui réalisait de renversantes fêtes où se produisaient des artistes extrêmement inspirants. C’était ma première “vraie” découverte de cet univers. Et c’est un peu comme si j’étais tombée dans le terrier du lapin d’Alice.

C’est là que j’ai vu pour la première fois Vicky Butterfly dont la poésie et la grâce céleste m’ont subjuguée. Depuis ce soir-là, le Burlesque ne m’a plus quittée. Et pourtant, il m’aura fallu des années avant de me lancer.

Dès que je voyais qu’un spectacle avait lieu, ou même lorsque je partais à l’étranger, je veillais sur le sujet, j’avais envie de me faufiler comme une petite souris pour voir ce monde qui ne m’appartenait pas mais me faisait secrètement rêver. Je regardais des vidéos sur YouTube, suivais quelques unes de ces artistes sur leurs réseaux sociaux… Et puis des écoles ont commencé à éclore à Paris, des cours d’effeuillage ont vu le jour. Je me renseignais, hésitais à m’y rendre, par peur mais aussi parce que quelque chose clochait à chaque fois. L’univers. C’était toujours un peu “trop”, ou pas assez. Je n’arrivais pas à m’identifier totalement à ce qui semblait se dérouler dans ces cours. Je ne dis pas qu’ils ne sont pas bien ou qu’ils manquent de quoique ce soit, seulement qu’ils ne correspondaient pas à l’idée même du Burlesque que j’avais envie de faire. Et puis il y a 2 ou 3 ans peut-être, au détour d’Instagram, je tombe sur une photo de jeunes femmes entourées de plumes virevoltantes. Je comprends qu’il s’agit d’un cours, et pas de n’importe lequel : d’un cours de danse d’éventails ! Mon sang ne fait qu’un tour : tout colle absolument à l’idée du Burlesque que je me fais : quelque chose de délicat, d’élégant, de glamour et d’espiègle, portée par une professeure, Vivi Valentine, qui est aussi une artiste Burlesque qui se produit mondialement et dont l’univers me semble immédiatement aussi glamour que fascinant.

A la rentrée suivante (car j’ai découvert ce cours pendant l’été sur Instagram), je me décide ENFIN à pousser les portes du cours. Et passé l’appréhension, mes craintes s’envolent pour laisser place à un monde de beauté et de grâce surannée. Les filles du cours sont toutes différentes, de par leur morphologie, leurs inspirations ou même leur couleur de peau, et tout cela offre un spectacle de douceur et de féminité. Je comprends que j’ai peut-être, moi aussi, ma place ici.

Ce cours devient bientôt un repère de mon quotidien, m’offre une liberté créative, une escapade de grâce à un moment où j’en avais vraiment besoin, où certaines choses ne se déroulaient pas forcément comme je le voulais tant dans ma vie professionnelle que dans ma vie personnelle. Pourtant, ce cours a été salvateur, il m’a remis le pied à l’étrier de la danse, et surtout m’a rappelée que j’avais un rêve et que je devais le poursuivre. Et ce qui me frappait, c’est que même après une journée éreintante, la motivation me manquait parfois pour m’y rendre. Je me forçais et en ressortait comme vivante et rechargée pour les jours suivants.

Deux années après l’avoir rejoint, je m’apprête à bientôt remonter sur scène avec les Plumettes (notre petit nom de troupe, en référence aux plumes qui ponctuent chacun de nos numéros) pour un spectacle composé de chorégraphies en groupes et de solos, dont mon premier vrai numéro. Une vraie épopée, car j’ai beaucoup travaillé pour imaginer une histoire qui me ressemble, fait de nombreuses recherches pour un costume adéquat, et aussi laissé mon “personnage” de Loretta Banana éclore pour finalement prendre vie sur scène. Aujourd’hui, je sais que ce cours m’a permis de rendre mon rêve concret, même si je sais qu’il me reste encore beaucoup à faire pour arriver à l’objectif que je me suis fixé. J’aurai aimé que quelqu’un me dise, à l’époque où je ne m’en croyais pas capable, que tout ça pouvait arriver si j’en avais vraiment envie et que je me faisais suffisamment confiance. Nous sommes les seul.e.s à pouvoir influencer sur notre destinée, alors ne nous gâchons pas nos chances nous-mêmes : si vous avez un rêve, foncez et n’écoutez que vous ! Faites-vous confiance. Personne ne peut vous empêcher d’accomplir ou au moins d’essayer si ce n’est vous-même. (Et si quelqu’un d’extérieur essaie de vous dissuader, dites-lui ceci ou chantez-lui cela).

J’espère sincèrement que ce post vous aura plu, il est vraiment personnel mais je trouvais qu’il était intéressant de partager ces impressions avec vous, je n’imagine pas ce que j’aurai pu manquer à l’idée de ne pas oser et c’est vraiment le message que je souhaite vous faire passer, quelque soit l’envie qui vous anime.

Et puis, si vous êtes dans le coin, sachez que vous pouvez venir nous voir sur scène, les Plumettes et moi, le 5 juillet à 20h30 au Théâtre Clavel 

Dans ma bibliothèque… #3 Femmes féminines et féministes

« Reading gives us somewhere to go when we have to stay where we are. » (Lire nous donne quelque part où aller quand nous avons à rester là où nous sommes)

Dernièrement je me suis plongée dans le destin de deux femmes qui, même si elles ne sont pas de la même époque, partagent une force et une détermination sans limite, et une féminité exacerbée qui n’entrave pourtant pas leur indépendance et leur féminisme.

Sens Dessus Dessous – Chantal Thomass (Editions Michel Lafon)

Je ne vais pas passer par quatre chemins : j’ai dévoré cette autobiographie car je suis une grande admiratrice du travail de la célèbre couturière de lingerie Chantal Thomass. J’ai eu la chance de rencontrer cette femme souriante et fascinante par deux fois, et j’avais forcément envie d’en découvrir davantage sur son parcours. Mon avis est donc forcément assez subjectif sur la question.

Et pour moi qui ne la connaissais de notoriété que depuis quelques années finalement, de par son travail audacieux et raffiné en lingerie, puis au travers de nombreuses collaborations comme pour le Crazy Horse (dont je parle ici d’ailleurs), j’ai été subjuguée par son parcours et sa détermination. Sans vous dévoiler tous les rebondissements, les succès et les embûches qui se sont dressés sur son chemin, j’ai une fois de plus compris, dans cette période transitoire pour moi qui suis en pleine reprise en main de ma vie, que rien n’arrive au hasard et que seul le travail, l’acharnement et le talent peuvent vous mener vers la réussite et que les déconvenues sont malheureusement souvent présentes derrière les paillettes et qu’elles font partie du “jeu”.

Mais je ne suis pas là pour parler de moi, mais de Chantal ! Et moi qui raffole de ses collants et bas toujours originaux et féminins, j’ai d’ailleurs appris qu’elle était la première personne au monde à inventer le collant dit “fantaisie” ! C’est aussi grâce à elle que nous devons la démocratisation d’une lingerie féminine et de qualité dont elle a le secret, elle qui a osé mettre ces pièces destinées à être camouflées sous les vêtements sur le devant de la scène, lorsqu’elle créait encore du prêt-à-porter en n’hésitant pas à dévoiler un corset sur un vêtement ou un soutien-gorge comme un habit de sortie. Car peut-être ne le savez-vous pas, mais même si Chantal Thomass est associée immédiatement à la lingerie, elle a pourtant débuté,  à l’époque du Palace et des grands couturiers Français comme Kenzo, Jean-Paul Gaultier ou encore Christian Lacroix dans le monde de la Haute Couture. Ce sont d’ailleurs grâce (entre autre) à ses défilés époustouflants et avant-gardistes que son nom a commencé à se faire connaître.

Je ne vous en dis pas vraiment plus car ce livre recèle de rebondissements et me semble être une leçon de vie incroyable et authentique sur le monde de l’entreprenariat et de la mode vu par le prisme d’une femme – et quelle femme ! J’étais aussi ravie de voir que nous partageons le même point de vue sur la féminité, notamment concernant la lingerie : beaucoup de féministes se sont insurgées contre l’image que Chantal Thomass pouvait véhiculer des femmes, à savoir une féminité exacerbée, pétillante, audacieuse, malicieuse, parfois même à la limite de l’érotisme.

Un peu comme si porter une lingerie aussi polissonne et coquine assujettirait les femmes à un rôle d’objet, cherchant coûte que coûte la séduction et l’approbation dans le regard masculin. Or c’est justement tout le contraire : et si la lingerie et les apparats féminins ne servaient qu’à se séduire soi-même ? Pourquoi ne devrait-on porter de jolis sous-vêtements que lorsque nous avons un rendez-vous galant ou pour séduire l’autre ? Se séduire et se faire plaisir à soi-même est la véritable priorité, et si par la même occasion nous réussissons en chemin à séduire d’autres personnes, alors c’est encore mieux, non ? Le sujet me semble d’ailleurs assez proche de l’univers du Burlesque et de la féminité sur scène qui, bien au contraire, confère un certain pouvoir et une domination (relative) en acceptant de se montrer nu(e).

En somme, ce livre a résonné en moi de bien des manières, alors Madame Thomass, si vous passez par là, merci ! 

A lire si… vous aimez la lingerie, la féminité, les parcours de femmes fortes et déterminées, mais aussi si vous vous intéressez au berceau de la création de la mode Française !


L’espionne – Paulo Coehlo (Editions Flammarion)

L’écrivain Paulo Coehlo connu notamment pour son célèbre livre “L’alchimiste”, que j’avais lu, il y a des années de cela, s’est intéressé à l’histoire de la “première” véritable effeuilleuse, Mata Hari, qui a endossé de nombreuses casquettes, outre son talent pour la danse : courtisane, femme libre et espionne pour la France (rien que ça, oui). Son destin aussi tragique (elle a été fusillée à Vincennes, ville que je chéris pourtant sous bien des aspects…) que passionnant m’avait interpelée et j’avais envie d’en savoir davantage sur cette femme hors du commun et visiblement très en avance sur son époque.

Malheureusement je n’ai pas été transcendée par le récit de Paulo Coehlo, non pas que l’histoire n’était pas intéressante, puisque j’ai trouvé le personnage de Mata Hari fascinant (et je compte d’ailleurs compléter cette lecture avec d’autres documentations sur ce sujet), mais j’ai trouvé cet ouvrage un peu trop superficiel à mon goût. J’ai eu la désagréable sensation de survoler des épisodes de sa vie qui pourtant me semblaient décisifs, et bien que l’on sente un véritable travail de détails et d’authenticité de la part de l’auteur sur l’historique, je suis restée sur ma faim/fin. A la place, l’auteur digresse en sujets philosophiques pour donner du relief à l’histoire, mais cela m’a finalement perdue en route.

Je suis cependant contente de ce premier aperçu sur le destin de cette femme iconique, féminine et indépendante (c’est ce qui l’a d’ailleurs perdue…) puisqu’il m’a tout de même donné envie d’en savoir plus et je complèterai ce post avec mes nouvelles lectures.

A lire si… vous souhaitez un aperçu rapide sur le destin de Mata Hari (le livre fait un peu + de 200 pages, donc rapide à lire) ou si vous êtes un fan de Paulo Coehlo car on y retrouve son style d’écriture et ses réflexions philosophiques.

Ma nuit au Moulin Rouge (suite et fin)

Nous revoici pour le volet 2 (et final) de ma soirée au Moulin Rouge. 

Tout d’abord, je tiens sincèrement à remercier l’équipe du Moulin Rouge pour leur accueil et leurs anecdotes sur l’histoire du lieu car cela a ajouté à la magie de mon expérience. Mais avant toute chose, j’aimerais recontextualiser mes impressions sur la revue Féerie : j’avais en tête un cabaret avec des danseuses ultra glamour autour d’une figure de proue façon Mistinguett ou Satine dans le film de Baz Luhrmann. Quelque chose de très canaille, fripon voire glamour à l’excès. Mais il faut dire qu’à force de fréquenter des cabarets burlesque, ma vision de ce genre de show s’est forgée avec un imaginaire très marqué, très Dita Von Teese (ou dans un univers plus cartoonesque, Jessica Rabbit). Et si c’est ce que vous recherchez, je serai tentée de dire que le Moulin Rouge n’est peut-être pas le lieu pour cela.

Pour autant, j’ai passé une soirée magnifique, le lieu à lui seul ayant dépassé toutes mes espérances : la salle de spectacle est d’une beauté spectaculaire (le Moulin a été entièrement rénové dans les années 50 par Jo France et le peintre Henri Mahé suite aux dégâts de la Seconde Guerre Mondiale pour lui redonner toute sa splendeur d’antan) et j’ai eu l’impression de vivre un petit rêve éveillé, à naviguer dans les allées de ce lieu qui semble figé par le temps (sans pour autant sentir la poussière). Il suffit juste de pénétrer dans les murs feutrés du Moulin Rouge pour s’imprégner et sentir toute l’histoire, tous les fantômes qui semblent continuer de vivre (et danser) dans ce haut lieu historique de Paris.

Depuis 1955, le Moulin Rouge a enfin repris ses lettres de noblesse et vu défiler bien des artistes qui s’y sont révélés (Charles Trenet, Charles Aznavour…) ou y ont juste passé la soirée, de l’autre côté de la scène ! (J’ai ainsi découvert qu’Elvis Presley y faisait une halte à chacune de ses visites Parisiennes et qu’il aurait eu le béguin pour l’une des danseuses de French Cancan…) !

La dernière revue en date, Féerie (celles-ci ont toutes un nom en « F » selon la superstition devenue tradition instaurée par Jacki Clérico, le successeur du Moulin), est celle que j’ai eu l’occasion de voir. En quelques chiffres (qui donnent le tournis) : « Féerie » est composée d’une troupe de 80 artistes, dont les 60 Doriss Girls recrutées dans le monde entier et de 1 000 costumes de plumes, de strass et de paillettes réalisés dans les ateliers parisiens les plus prestigieux.

Pour faire de la danse de cabaret et être plutôt pointue sur le sujet (je crois), je vous confirme que les costumes sont d’une beauté et d’une minutie rares et épousent parfaitement les mouvements et les chorégraphies. D’ailleurs, c’est l’une des choses que j’ai préférées dans le spectacle (on ne se refait pas !). J’ai été aussi transcendée par ce que j’appelle les Chorus Girls (les danseuses souvent placées dans le fond avec des costumes spectaculaires et des chorégraphies très « cabaret ») qui évoluent avec grâce et un glamour maîtrisé. Plumes, paillettes et talons virevoltent dans des danses savamment orchestrées et thématisées : French Cancan, le cirque et ses lionnes (les Doriss Girls habillées comme des fauves séducteurs), et des numéros s’imprégnant d’histoires et ou de pirateries !

J’ai été moins transportée cependant par les danses des hommes (les Doriss Dancers) qui, à mon sens, sont trop policés et s’intègrent moins bien au spectacle (je crois que j’aurai préféré qu’ils jouent la carte de l’extrême avec un côté plus drag queen – la grandiloquence est mon art de vivre) ainsi que par les musiques quelquefois un peu vieillottes et caricaturales (pourtant enregistrées par un orchestre de 80 musiciens et 60 choristes). Mais une fois encore, ceci n’est que mon avis et je tente d’être le plus objective possible et sincère pour vous donner une opinion honnête.

Je dois également absolument vous évoquer l’un des numéros les plus étourdissants du spectacle : l’aquarium ! Alors que le spectacle suit son cours, le parquet disparaît sous la scène pour laisser surgir un immense bassin transparent… fourmillant d’anacondas ! Arrive alors l’une des danseuses qui plonge dans l’aquarium et se met à exécuter une danse de sirène parmi les serpents. Le numéro est saisissant, aquatique, surprenant et la jeune femme intègre complètement les reptiles à son numéro ce qui ajoute à la superbe de la chorégraphie. Je suis très réfractaire aux animaux en captivité dans les spectacles, cirques, zoos, mais je dois admettre, en mettant de côté mes convictions, que le numéro fait son effet. (A noter que cet aquarium a été intégré depuis les années 1960 afin de renouer avec le faste et l’extravagance de l’époque !)

Enfin, j’ai été très surprise par la qualité des mets proposés ! Tout le personnel était aux petits soins et d’une gentillesse incroyable, bien sûr, mais les dîners-spectacles de cabaret ont souvent une vilaine étiquette qui leur colle à la peau (pailletée) qui voudrait que la qualité des plats soit médiocre. Rien de tout cela au Moulin Rouge ! Les cuisines sont tenues par le chef David Le Quellec et on y sent un véritable désir de faire vivre le lifestyle à la Française, jusque dans les assiettes ! Le pari(s) est donc réussi, même pour moi qui suis végétarienne (ce qui est parfois difficilement compatible avec ce genre de lieu). Et les desserts sont à tomber, eux aussi !

Vous l’aurez donc compris : j’ai passé une soirée magique au Moulin Rouge et j’ai été abasourdie par le lieu ! Je regrette juste quelques petits détails sur la revue, que j’attendais peut-être un peu plus excessivement glamour, mais la technique et la grâce des danseuses ainsi que leurs costumes m’ont vite fait oublier ce détail. C’est également un spectacle tout public qui joue plus sur les codes de la revue que du cabaret et peut donc divertir tous les âges.

J’en suis ressortie avec des paillettes plein les yeux et la musique du French Cancan dans la tête pour le reste de la soirée. Oui définitivement, Paris et son Moulin Rouge sont une fête ! ✨

(Un grand merci au Moulin Rouge pour cette expérience magique et à Rose Grey pour avoir pensé à moi)

Ma nuit au Moulin Rouge 1/2


« La Lune est trop blême, pose un diadème, sur tes cheveux roux… »

OK, le titre est un poil racoleur, et peut-être un peu polisson, certainement à la hauteur de mon excitation lorsque j’ai appris que j’aurai l’occasion de vivre quelque chose dont je rêvais depuis toujours : passer une soirée au Moulin Rouge. Et comme je suis une grande bavarde et que j’ai vraiment un préambule assez conséquent à vous délivrer , j’ai décidé de scinder mon récit en 2 posts distincts pour éviter de vous perdre en route, ou dans les loges des danseuses, bande de chenapans !

Aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours été attirée par ce lieu, même depuis toute petite, et la magie qu’il pouvait susciter en juste trois mots… Le Moulin Rouge… Quelque chose d’un peu interdit, espiègle, peut-être, mais surtout d’esthétique à la fois, fait de femmes coquettes et apprêtées, portant de jolies robes virevoltantes et de messieurs à chapeau haut de forme. Ma fascination pour le cabaret s’est ensuite renforcée par les nombreuses œuvres d’art qui ont pu graviter autour du Moulin, des peintures de Toulouse Lautrec, en passant par les affiches iconiques des années 20 et sa figure de proue, Mistinguett (dont je vous parlerai justement plus bas), jusqu’au film de Baz Lurhmann qui figure dans mon top 5 de mes films fétiches, évidemment. (Pour la petite anecdote, je stoppais TOUJOURS net la VHS – mon dieu ça ne nous rajeunit pas – après la scène d’amour entre Nicole Kidman et Ewan Mc Gregor et leur medley féérique façon Méliès dans le feu éléphant, pour éviter de devoir supporter 1 journée de déprime en raison de la fin tragique).


Et mon obsession n’a jamais fait que grandir un peu plus chaque jour, sans pour autant que je me décide à pousser les portes scintillantes du Bal du Moulin Rouge. Chose curieuse puisque si un endroit nous fascine tant, il semble décidément invraisemblable de se priver d’y aller, surtout lorsqu’on habite Paris ! Pourtant, j’ai traîné mes salomés à paillettes plus d’une fois jusqu’au métro Pigalle mais jamais pour assister à l’iconique Revue de Cancan. Et invariablement la même scène se produisait : je m’arrêtais en plein milieu du boulevard, en face de ce moulin illuminé, comme subjuguée, et je repartais toujours bien sûr avec sa photo dans mon téléphone.


Et puis 2017. Je prends comme seule résolution de me faire le grand chelem des cabarets, parce qu’après tout, il est grand temps que je me nourrisse de tous ces endroits pour m’inspirer, d’autant plus grâce à ma pratique de la danse d’éventails.

Chose curieuse : je reçois à ce moment-là une carte de vœux (de Do It In Paris, si vous voulez tout savoir) dessinée avec une scène centrale sur le boulevard de Clichy et son scintillant Moulin Rouge. Bien sûr, ce n’est qu’une carte, mais je la trouve si jolie et je la perçois tellement comme un signe à ce moment précis que je me dis que, oui, définitivement, cette année, il faudra VRAIMENT que je me décide à y aller.

Une semaine plus tard, je recevais dans ma boite mail une invitation pour passer une soirée au Moulin Rouge. Hasard ou coïncidence, peu importe, mais je voyais juste cela comme un signe un peu magique. (Pour la petite anecdote² (quand je vous disais que j’étais un vrai moulin à paroles..) : j’organisais malheureusement un événement professionnel le soir même de l’invitation. Pourtant, je ne voyais pas comment je pourrais manquer l’occasion. La suite a été faite de larmes et de sang, mais ma soirée professionnelle a bel et bien été décalée – et je remercie d’ailleurs l’une de mes collègues, S., qui se reconnaîtra si elle passe par ici, pour avoir été si bienveillante et me laisser accéder à ce petit rêve que je touchais du doigt).

Avec Jess, nous comptions les jours qui nous séparaient de cette soirée si spéciale, et j’en ai d’ailleurs profité pour me replonger dans mes lectures sur le sujet. A ce titre, je ne saurai que trop vous conseiller le livre “Moulin Rouge” de Christophe Mirambeau aux éditions Assouline (en vente d’ailleurs dans la boutique du Moulin) qui est assez concis mais ponctué de très jolies images d’archive, dont notamment celle de l’éléphant géant installé sur l’arrière du Moulin et qui accueillait en son sein ces messieurs pour assister à des danses du ventre privées (les lapdance de l’époque, en somme). Si vous ne connaissez pas cette anecdote, je vous invite à lire cet article (en anglais) sur l’un de mes blogs fétiches.

Avant donc de vous livrer mon impression globale sur la revue Féerie à laquelle j’ai assistée dans un second post (oui, je suis une vraie petite teigne du teasing), je souhaitais vous dire quelques mots sur la collaboration qui était mise en lumière lors de l’événement. Plus haut, je vous disais à quel point le Moulin Rouge était associé pour moi à l’image des affiches des années 20 telles celles de Charles Gesnar à travers des illustrations puisant dans l’Art Deco et la joie de vivre des Années Folles.

La vedette de ces illustrations – et du Moulin Rouge – était sans conteste la célèbre Mistinguett, et le cabaret a donc décidé de puiser dans les archives et de dépoussiérer ces œuvres joyeuses et rappelant le faste de l’époque  en s’associant à MAISON LECONTE, spécialiste de la décoration et du papier peint et dont les collections s’inspirent de la capitale, pour donner naissance à “Moulin Rouge Folies”. Frises et papiers peints se réinventent avec des designs originaux et éminemment modernes pour redonner vie à l’extravagance des revues du Moulin Rouge.

J’ai été totalement conquise par les jolis éléments de décoration proposés (vous pouvez en avoir un aperçu dans le post (merci pour les photos Jess !) mais également sur le site de Maison Leconte) et je m’imaginais déjà parfaitement avec la frise “Coup de Chapeau” dans mon salon ! J’ai trouvé l’idée de collaboration vraiment intéressante et je verrai tout à fait ce genre de choses dans un hôtel hyper moderne, preuve que le rétro et le contemporain peuvent parfaitement cohabiter !

J’espère que ce premier post vous aura intéressé et permis d’entrer un peu plus dans les coulisses spectaculaires du Moulin Rouge, et restez dans les parages pour la seconde partie ! Je vous laisse, j’ai lever de gambettes ! 💋✨